à force de s'oublier , on cesse d'exister
on vit pour les autres, pour les épauler
toujours indispensable pour les corvées
celle sur qui forcement on peut compter...

que ce soit en famille, au travail
on cumule toute une somme de détails
pour que tout fonctionne au mieux
pour que les autres n'y voient que du feu.

à force de s'oublier, on fane sa beauté
l'extérieur devient le reflet d'un intérieur usé
le sourire franc et honnête devient forcé
on fige ses sentiments dans les rides creusées.

et si je n'étais pas là demain?
la vie continuerait, c'est certain
mais quand on a le coeur sur la main
on culpabilise et on ronge son frein

à force de s'oublier, on évite de se faire remarquer
on devient transparente sauf devant la télé
quand on entend, " pousse toi, je vois plus rien"
on finit par inspirer indifférence et dédain.

que ce soit en famille, au travail
on déploie son plus bel éventail
de gentillesse compréhension attention
tout ce qui résulte de notre bonne éducation.

à force de s'oublier, on se plie aux volontés
d'un quotidien domestique trop bien planifié
toujours appelée dans les moments de besoin
jamais invitée quand la fête bat son plein.

et si je n'étais pas là demain
la vie continuerait c'est certain
ce ne serait juste qu' un "désagrément"
le temps de faire un petit réajustement.

à force de s'oublier, notre dos se met à se voûter
à trop vouloir se charger du poids des responsabilités
se trouver des excuses pour repousser encore à plus tard
tout ce qui jadis, pétillait dans notre plus beau regard.

à force de s'oublier, on fait de la routine notre alliée
telle l' amie fidèle toujours prête à tout critiquer
quand le trop plein déborde et qu'il faut évacuer
à bout de souffle on se met enfin à exploser..

alors on passe sa colère sur les collègues, enfant, mari
on déballe tout, les faux semblants les non dits
à tous ceux qui ne doutent pas qu'une fois, l'orage passé
pourront reprendre leur activité comme si rien ne s'était passé.

et si je n'étais pas là demain?
on dit ça mais on en fera rien
pour se sentir moins seule on prend un chien
toutou à sa mémère, idéal pour tendresse et câlin.

à force de s'oublier, on finit par se négliger
toujours en retrait pour ne pas déranger
laisser le devant de la scène aux prétentieux
ceux qui se prennent presque pour dieu.

à force de s'oublier, on ose plus rien demander
trop de remise à plus tard, promesses avortées
notre avis ne sera pas pris en considération lors de décision
on nous coupe la parole, on se moque de notre opinion.

à force de s'oublier, on s'invente un conte de fée
d'être enfin une personne adulée, recherchée
pleine de charme , intelligence et autres qualités
le contraire de ce que nous montrons dans la réalité.

car à force de s'oublier....
on oublie de s'aimer...
on en vient même à se détester...

isabelle FLUCKIGER JACHYM