Il jouera jusqu’au bout de la nuit

 

Même si sa mémoire, avec le temps, est devenue confuse

Sur les touches noires et blanches, les notes diffusent

Une mélodie surannée, des airs perdus sous la poussière

Les rengaines, les trémolos, les ballades de l’après guerre.

 

Il a perdu le fil des souvenirs, qui s’entrechoquent parfois

Dans l’océan glacé des ténèbres de l’oubli, il se noie

Quand il ne trouve plus les réponses aux questions posées

Sur les vedettes qu’il a, en concerts, jadis, accompagnées.

 

Il jouera jusqu’au bout de la nuit ….jusqu’au bout de sa vie

La musique accapare chaque parcelle de son esprit…..

 

Tout simplement, naturellement, des que ses doigts effleurent

Les touches magiques, il ne se rend plus compte des heures

Sa mémoire sélective au bout de ses mains vous donnera

L’impression que le temps, désormais, n’existe pas…………..

 

Car il vous emportera dans les romances des années trente

Le son de son instrument vous plongera dans la tourmente

D’une deuxième guerre encore présente les soirs où la nostalgie

S’invitera sur les lèvres de sa voix remplie de mélancolie.

 

Il vous chantera des refrains perdus que l’on entend plus

Qui revivent dans un monde qui lui est, de plus en plus inconnu

Le vieux monsieur, au dos voûté, au pas malhabile n’a plus d’age

En fermant les yeux, il voit la partition et en tourne les pages.

 

Il jouera jusqu’au bout de la nuit ….jusqu’au bout de sa vie

La musique flirte et ne danse rien qu’avec lui………..

 

Tout simplement naturellement, dés que ses doigts se posent

Sur le clavier, la magie, nous emporte, c’est un virtuose

Le lieu de vie de nos personnes âgées dépendantes, soudain

Se pare de flonflons et dentelles pour un grand bal mondain.

 

Il cherche ses compagnons d’infortune, il les attendra toujours

Il ne comprend pas qu’il est arrivé à la fin du parcours

Prisonniers de guerre, comme lui, il n’en reste plus guère

Quand il parle d’eux, il se retrouve soixante années en arrière.

 

Les yeux fixés vers ailleurs, il a perdu l’essentiel de son vécu

Dans les dédales obscur de cette maladie encore méconnue

Qui peu à peu gomme les pages de l’album de famille

Les froisse, les déchire et dans le néant, les éparpille.

 

Il jouera jusqu’au bout de sa vie…jusqu’au bout de l’infini

À l’heure du départ, ses mélodies s’en iront avec lui…….

 

Quand Tout simplement, tout naturellement pour la dernière fois

Les touches noires et blanches, unies sous la finesse de ses doigts

Entameront les derniers accords pour que les notes précieusement jouées

L’accompagnent pour offrir une mélodie ………………..à l’éternité.

 

 

Isabelle