L'hiver gardera la couleur de ton pelage

Hier soir, j'ai ressenti des moments d'inquiétude
Tu ne m'as pas accueillie à la porte comme d'habitude
Recroquevillée et plaintive, tu es restée sous le lit
A l'appel de ton nom, tu as si peu réagi.

L'hiver gardera la couleur blanche de ton pelage
Sous le manteau froid et duveteux du paysage
Je t'ai laissé emportée, emmitouflée d'un linge à mon odeur
Pour que là bas, si loin de moi, tu n'aies pas peur.

Le réveil a sonné, nous t'avons trouvée derrière le canapé
Affalée de tout ton long, tu ne pouvais plus bouger
De ta respiration lente se dégageait tant de souffrance
Désarmée, je me sentais si impuissante.

L'hiver gardera la couleur blanche de ton pelage
Sous le manteau froid et duveteux du paysage
Avec douceur et avec tendresse je laisse tomber la neige
Pour qu'avec délicatesse, désormais, elle te protège.

Je t'ai pris contre mon cœur avec précaution, attention
T'ai déposé au chaud, prés de moi, dans un carton
Pour t'emmener très vite chez le vétérinaire, seule solution
Mais ton dernier souffle, a rempli le silence de la maison.

L'hiver gardera la couleur blanche de ton pelage
Sous le manteau froid et duveteux du paysage
Au fond du jardin, ta dernière demeure s'éclaire
Sous mon cœur qui sanglote une dernière prière.

Au royaume des animaux, tu es la plus belle des princesses
J'espère avoir été pour toi, plus qu'une simple maîtresse
Les images de ton amour tourbillonnent dans ma mémoire
Tes yeux se sont éteints à jamais, tu restes seule dans le noir.

L'hiver gardera toujours la couleur de ton pelage si blanc
En ce matin de février, en t'accompagnant vers firmament
J'ai entendu dans ton dernier souffle non un adieu
Mais un rendez vous vers l'éternité, vers d'autres cieux.

Garde-moi contre ton cœur avec précaution, attention
Quand viendra l'heure fatidique de ma grande ascension
Avec tendresse, alors, tu laisseras sur moi, tomber la neige
Pour qu'avec délicatesse, à mon tour, elle me protège.

Isabelle Fluckiger Jachym