lettre à une vieille femme

Bonjour, aujourd'hui, vois-tu, tu es une vieille femme
As-tu déjà oublié que dans tes yeux brûlait la flamme
De cette envie de vivre, de cette envie d'aimer
Ces moments de passion qui t'ont fait vibrer?

Aujourd'hui quels traits se découvrent dans ton miroir ?
Des rides, les jolies rides de ton sourire ou celles du désespoir ?
Sais tu, à présent, le pourquoi des choses, les regrets, les remords
Tous les plaisirs, toutes les blessures qui ont marqué ton corps?

A quoi penses tu quand tu te lèves, le matin,le dos voûté ?
As-tu encore les sensations de devoir défier le monde entier
Que sont devenus tes projets, en as-tu encore seulement
Ou attends tu une visite, la famille, des amis encore vivants ?

Si tu as perdu la mémoire permets moi de te rappeler
L'essentiel de toutes ces années, ce qui te fait vibrer
Qu'as-tu fais de Tes rêves ? assouvis ou se sont-ils brisés
Sur le mur de l'indifférence et de la réalité.

En ce moment présent, je suis toi, à l'aube de la cinquantaine
Pas encore vieille, mais déjà derrière moi, je traîne
Un passé de moments heureux et d'autres moins
Tous ces doutes, tous ces choix pour cet avenir incertain.

Mais là, maintenant, tu connais ton parcours, la conclusion
Le temps s'est envolé comme s'évapore la belle saison
Tu n'as pas avoir de regrets, les erreurs devaient être commises
Souviens toi, enfant aussi, tu faisais des bêtises.

Ne sois pas trop sévère envers toi, ni trop amère
J'espère de tout coeur que tu n'as pas trop souffert
que tu as sur régler tes problèmes, que tu es en paix avec toi-même
Je te souhaite d'avoir dit suffisamment « je t'aime ».

Si ta vie ne se résume plus qu'à savoir si tu as pris tes médicaments
Si tout t'indiffère si la solitude t'aide uniquement à passer le temps
Si la maladie qui fait tout oublier a pris le dessus sur la raison
Lâcher prise et chercher à partir dignement sera la solution.

Je te donne ce dernier conseil comme une mère le donnerait à son enfant
Car en t'écrivant cela à ce moment précis je refuse catégoriquement
De finir ma vie dans un Ehpad, où je ne serai qu'une résidente assistée
A la charge de cette société qui se fait de l'argent grâce aux personnes âgées.

Je ne veux pas que tous mes biens, s'il m'en reste encore
Servent à me payer une chambre à prix d'or
Où le personnel sera mal payé, fatigué, énervé
Que tous les ronds de cuir feront culpabiliser

Sache que tu as été jusqu'à présent, une personne digne et sincère
Qu'il y a des choses dans ta vie dont tu peux être fière
Non, tu n'a pas pu sauvé l'humanité de tous ses maux
Mais tu as essayé de te battre avec tes mots...

Tes mots d'amour pour les autres, tes mots qui font rire
Tes mots qui ont su toucher les plus sensibles, les faire tressaillir
Alors tu peux partir la tête haute même si la mémoire te fait défaut
Essaie de croire que ceux que tu aimais t'attendent tout là haut.

Isabelle Fluckiger Jachym