Ma mélodie s’est échouée

Ma mélodie s’est échouée sur la plage oubliée
Où les coquillages viennent mourir à mes pieds
Et mes pas mouillés sur la grève vont s’assécher
Voici venir le déclin fatal de l’été.

Ma guitare perd ses accords et son écho
Se fait languissant sur ma peau
Le pincement de sa dernière corde se perd
Sous une avalanche de poussière de lumière.

Ma mélodie s’est échouée sur la plage désertée
Où le sable égraine mes notes sous les vagues salées
Quand l’écume fredonne mon refrain où résonne
Toute la mélancolie nostalgique de l’automne.

Mon piano perd ses accords et ses touches usées
Restent bloquées sur la partition inanimée
De mon cœur qui battait la mesure
Du film inachevé de notre si belle aventure.

Ma mélodie s’est échouée sur la plage inhabitée
De l’ile perdue où mon cœur s’est blessé
les notes plaintives et aiguës de mon impuissance
Brisent les curieux chuchotements du silence.

Mon saxo perd ses accords et le son délicat
De l’empreinte amoureuse de mes doigts
Glisse sous un lancinant cri strident
Dans un frisson à vous glacer le sang.

Ma mélodie s’est échouée sur la plage escarpée
Où le naufrage inévitable de mes pensées
Laisse dans son sillage les stigmates douloureux
De notre concerto qui se meurt peu à peu.

Et mon violon gardera à jamais son secret
Quand la bise glaciale emportera son archet
Dans les ténèbres de la nuit hivernale
Pour une dernière phrase musicale.

Isabelle Fluckiger Jachym