Ne la réveillez pas, elle dort (rénové 2009)

Sous ses paupières closes se dressant comme un dernier rempart
Ses yeux scrutent un monde imaginaire, illusoire
Là où le temps n’a plus d’importance et la lumière de l’oubli
L’incite doucement à la rejoindre dans les méandres de l’infini.

Ne la réveillez pas, elle dort
Elle n’entend déjà presque plus les bruits du dehors
Taisez vous, que le silence s’installe sereinement
Comme si la mort la recouvrait d’un drap blanc.

Son cœur s’est relâché, il n’y a plus de battements
Le tic tac de son corps s’est arrêté brutalement
Comme si les aiguilles de l’horloge de la destinée
Avaient décidé que sa dernière heure venait de s’écouler.

Ne la réveillez pas, elle dort
Gisant sur le bitume, bercée par le vent du nord
Peu à peu une étrange pâleur irréelle
La rend de plus en plus immatérielle.

Son souffle fatigué, lassé, s’est amoindri
Prêt à lâcher le dernier fil de sa vie
Comme Ariane se laissant guider dans l’obscurité
Mais, sous l’usure, le fil trop mince, a cédé.

Au loin, elle entend le cri strident des sirènes
Elle sent autour d’elle, comme une tempête qui se déchaîne
Une voix autoritaire, des gestes saccadés, des pas pressés
Elle sent la morsure du froid sur sa poitrine déboutonnée.

Non, ne la réveillez pas, elle dort
Elle veut s’envoler vers les étoiles où l’aurore
Brille comme une bouffée d’oxygène
Qu’elle pourra respirer à perdre haleine.

Des ondes de choc lui traversent le torse fragilisé
Un compte à rebours, un masque d’oxygène sur le nez
Une envie de vomir la prend depuis l’estomac
Les ténèbres s’approchent, elle entre dans le coma.

Ne la réveillez pas, elle dort... pour toujours
Elle ne veut pas reprendre le chemin du retour
Le travail accompli dans cette vie se termine sous l’ardeur
Du médecin qui insiste avec le défibrillateur.

Son âme se détache de ce corps désarticulé
Que l’on s’empresse coûte que coûte de réparer
Hélas, le cœur reprend et le souffle revient
Mais son cerveau désormais s’est éteint.

Elle passera des heures, des jours, des années
Sur un lit d’hôpital l’esprit emprisonné, paralysée
De la tête au pied, les yeux perdus dans l’immensité
A espérer rejoindre les délices de l’immortalité.

Par pitié ne me réveillez pas, je dors
La vie a déjà quitté la chaleur de mon corps
Si un jour tu dois prendre la décision pour moi
Mon amour surtout n’hésite pas ...

Car que tu sais que, revenir dans cet état,
Va à l’ encontre de mes choix
Alors simplement pense à moi, ce jour là...
En leur disant tout bas..........
« S’il vous plait ne la réveillez pas
...Elle dort déjà »

Isabelle Fluckiger Jachym