non, monsieur nous n'avons pas le droit
toute faute est punissable par la loi
tout a été pensé, étudié, en colloques, en comité
brainstorming de têtes diplômées.

des heures a épluché des statistiques, des dossiers
des ministres, des directeurs, cadres supérieurs
savent mieux que nous, petits travailleurs
comment s'occuper des malades, de nos aînés.

Jacques, il ne faut plus que je vous appelle par votre prénom
même si souvent, cela vous rassure, que cela vous donne l'impression
que nous nous connaissons depuis longtemps, que je parais être un lien
entre votre passé, aujourd'hui et ce futur qui se distingue, incertain.

tout a été optimisé, le temps passé à vos côtés,
protocole de rigueur,tous nos gestes sont identifiés
aurez vous droit à un sourire? ma foi non
ce n'est pas écrit dans l'énoncé de ma fonction.

madame, je suis désolée, je n'ai plus le droit de vous embrasser
trop de familiarités, même si vous venez depuis des années
vous asseoir à cotés de votre mari alité, notre complicité
n'est pas dans l'objectif de la démarche " qualité"

des heures à ne voir que le budget à serrer au maximum
avec bien entendu, de quoi pouvoir justifié le minimum
imposé par d'autres cadres sortant des grandes institutions
qui ferment les yeux et vous bercent d'illusions.

tout ceci peut paraître de la fiction mais déjà les savants ont planché
sur un robot vous tenant la main au moment de partir
avec une voix monocorde qui est sensé vous accompagner, vous calmer
même dans la mort on rentabilise jusqu'au dernier soupir.

madame, monsieur, je ne nous souhaite pas qu'un jour
l'âge venant , la maladie , l'accident, vous cloue à votre tour
dans un lit et que vous ayez besoin d'un peu de chaleur humaine
un bisou sur le front en attendant que l'heure fatidique vous emmène....

entendre une dernière fois, la douceur de votre prénom
par une personne qui a été proche d'une certaine façon
et vous répondre " non, monsieur, nous n'avons pas le droit
avoir de l'humanité est une faute punissable par la loi....

parce ceux qui, avec vous, ont tout étudié, vous les supérieurs
qui savent, forcement mieux que nous, les petits ...travailleurs..

 

isabelle Fluckiger Jachym