26/06/2015
De l’autre coté de la barrière

Je vais me faire l’avocat du diable peut être mais tant pis. Un petit coup de gueule pour mes collègues infirmières, hôtesses d’accueil dans les hôpitaux, aides soignantes, internes....
Je ne pense pas qu’on vienne de gaîté de cœur à l’hôpital que ce soit pour une visite externe, des examens à passer, une hospitalisation, aux urgences.... Non, à ma connaissance, personne ne vient par plaisir mais plutôt plein d’appréhension, de crainte face à une situation qui nous échappe, peur de la sentence d’un résultat. Oui, vous côtoyez des malades, des futurs opérés tous les jours... mais mettez vous à leur place, allez de l’autre côté de la barrière...
Passez la porte qui s’ouvre devant vous comme pour vous souhaitez la bienvenue alors que vous n’avez qu’une envie c’est de tourner les talons et vous enfuir le plus vite possible mais vous savez que vous ne pouvez pas.....
Alors, dès avoir franchi le seuil, vous allez devenir un numéro de sécurité sociale affublé d’une carte de mutuelle, une pochette à trimballer, un pass qui ouvre les portes.
Il y aura toujours des couloirs, des ascenseurs, des flèches pour vous guider dans ce labyrinthe et parfois vous vous sentirez perdu. Des blouses de tous styles, vous allez en croiser partout...juste des blouses, rarement un regard, parfois un bonjour et encore moins un sourire... surtout un sourire en réponse au votre.... Votre sourire... elle ne l’a même pas vu...
Quand tu as, enfin, trouvé la porte du service et que le bureau d’accueil est ouvert, tu te places sur la petite marque sur le sol, le seuil de confidentialité mais tout le monde peut entendre. On s’en fout, au point où on en est, nous ne sommes plus dans la confidence, on cherche un refuge, des réponses pendant qu’elles sont entrain de se raconter ceci cela, elles caquettent et toi tu attend avec ta pochette à la main puis l’une d’elle, viendra enfin te faire comprendre que tu existes, le temps de te demander des renseignements, de vérifier le rendez vous.... Puis tu vas t’asseoir dans une salle d’attente impersonnelle et tu regardes dans le vide toutes ces sortes de blouses qui défilent.... Sans un regard, sans un mot.
Et c’est là que tu commences à réfléchir, toi qui est soignante, toi qui, à la base est dans l’empathie, la compassion, l’accompagnement, toi qui essaie de le faire au mieux, oui à ce moment là tu comprends ce que les patients, les accidentés de la vie, les personnes qui recherchent du réconfort face un diagnostic, tu peux comprendre leur mal-être et comprendre leur piètre opinion de nos métiers. Nous sommes le reflet de ce que nous véhiculons, sur notre personne, sur notre métier.
Le pire, c’est que, ce ne sont pas les personnes les plus fatiguées qui sont les plus déplaisantes. L’indifférence blesse énormément surtout les personnes en souffrance car que l’on soit patient ou visiteur, nous sommes en souffrance, dans l’attente, cette attente qui dure des fois, plus que de raisons..
Même si travailler à l’hôpital, en clinique, dans des laboratoires, centres d’examen, maisons spécialisées est devenu une tâche journalière pendant des années aussi, il faut avant tout penser que ce n’est pas le quotidien de la personnes qui doit être aider.... Elle sort de sa zone de confort à cause d’une détresse, c’est à nous de la réconforter au mieux, pas en faire des tonnes... un regard... un sourire... allez un bonjour... la politesse ne s’apprend pas dans les écoles... elle fait partie de notre éducation depuis notre enfance.
Alors si nous avons une si mauvaise réputation, des fois, il ne faut pas chercher bien loin. L’usagé n’est pas un idiot, il sait faire la différence entre un personnel fatigué et impuissant et un personnel qui a l’air de s’en foutre royalement.

Une aide soignante de l’autre coté de la barrière.
Isabelle Fluckiger Jachym