On parle de maltraitance

 

Compte à rebours qui commence, il est sept heures et demie

Vite, chambre après chambre, on tire les stores, c’est parti

Un rapide bonjour en installant la personne dans son lit

Pour que le petit déjeuner lui soit servi.


Tout est une question de timing, être opérationnel

Tout en essayant de rester un vrai professionnel

Non, désolée madame, je n’ai pas le temps

De vous écouter parler de vos petits enfants.


Une toilette en dix minutes chrono puis passer au suivant

Allons monsieur, aujourd’hui, je vois que décidément

Vous êtes encore endormi mais tant pis, dépêchez vous

Faites un effort, Le temps, hélas, joue contre nous.


Tout est une question de timing, nos minutes sont comptées

L’heure de la pause bienfaitrice va juste un peu nous soulager

Par pitié messieurs dames, n’appuyez pas sur la sonnette

Nous avons besoin de rester, quelques instants, dans notre retraite.


Ne me hélez pas dans les couloirs, je dois poursuivre mon devoir

Je vous dirai «  tout à l’heure, on viendra vous voir »

Ne pas mettre l’équipe en retard sur les horaires bien ciblés

Sinon il va falloir, comme bien souvent, encore accélérer.


Tout est une question de timing, il faut être opérationnel

On en finit par oublier le contact humain, le relationnel

Ce qui fait d’un soignant un être fait de sourire et de compassion

Qui vous tient la main dans les moments de détresse et frustration.


Je ne blâme personne, je ne juge personne, qui suis-je pour cela

Je ne blâme pas les équipes en sous effectif qui ne peuvent pas

Tout assurer avec le peu de moyens mis à leur disposition

C’est trop facile de montrer le pire d’une institution à la télévision.


Même le plus rigoureux des soignants, fatigué, démotivé

Sait aussi garder en lui toute sa dignité, voir la vérité

Mais il est plus facile de dénoncer et montrer du doigt

Que de donner des solutions à ces situations plus fréquentes que l’on croit.


Tout est une question de timing, tout est une question de budget serré

L’état préfère mettre l’argent dans la communication, la publicité

Sans se soucier que l’argent des contribuables pour le bien être de leurs aînés

Est dispensé comme un goutte à goutte sur une perfusion oubliée.


Demain, compte à rebours qui commencera à sept heures et demie

Décidément, j’ai déjà envie que la journée soit finie

Car je sens dans les regards autour de moi, tellement de lassitude

Tous ces gestes professionnels automatiques devenus une simple habitude.


Vous qui lisez ces lignes, vous avez le droit de nous juger

Bien sur, nous avons choisi d’exercer ce difficile métier

Mais aidez nous à le pratiquer avec force en gardant nos valeurs

Celle de servir les personnes souffrantes, avec notre cœur.


Isabelle